mardi, 22.05.2012 05:43
 
 

Actualité

Concours « Jugend forscht » : l’Allemagne en quête des meilleurs jeunes talents

Lorsque les jeunes chercheurs et chercheuses les plus talentueux d’Allemagne participent au concours « Jugend forscht...continuer

© Stiftung Jugend forscht e. V.

Actuel

Afrique

Espoirs et craintes après l'accord de sortie de crise  

Afrique

Le Zimbabwe reçoit Navi Pillay  

Afrique

Le Burundi et le Bade-Wurtemberg, toute une histoire !  

Portrait

Un talent vert

Le Kenyan Mike Otieno, avec l’aide allemande, fait de la recherche sur le traitement durable du béton armé et contribue...continuer

Manifestations

La vie en bandes

Explorer l’univers des super-héros au Musée des cultures européennes à Berlin : il...continuer

La météo de Deutschland

Lien actuel

Le nouveau portail de la culture française

Les grands classiques du cinéma français, des expositions d’artistes français ou encore des cours de langues en...continuer

Lien actuel

CIDAL

Centre d‘information et de documentation sur l‘Allemagne. Crée à l'initiative du gouvernement allemand, le CIDAL a pour...continuer

Bookmarks
| |

Un avenir ensoleillé

Fribourg, ville solaire

Fribourg-en-Brisgau : les pionniers de la technique solaire sont ici chez eux. Cette ville universitaire inondée de soleil écrit depuis 30 ans des success stories solaires

Bernward Janzing

D’un côté, on voit la montagne du Schlierberg, de l’autre, les prés et les bois du Schönberg. Au dernier étage d’un long bâtiment accueillant bureaux et magasins, l’architecte fribourgeois Rolf Disch, spécialiste du solaire, a érigé des appartements d’un genre particulier. Barbara Schweer vit depuis deux ans avec son mari Martin Hoyer et leur fille dans l’un de ces appartements. Elle en tire un bilan énergétique convaincant : pour l’eau chaude et le chauffage, la famille a besoin de moins de 4000 kilowattheures par an, soit l’équivalent de moins de 400 litres de fioul. La chaleur vient d’une centrale au bois toute proche. « L’an dernier, notre note de chauffage ne s’élevait qu’à 300 euros », explique Mme Schweer. Un montant appréciable dans un logement dont la surface habitable est de 167 m2.

Une isolation optimale est l’une des raisons de cette consommation modeste. Même au mois de janvier, quand la température tourne autour de 0°, la maison n’a pas besoin de chauffage dès que le soleil sort brièvement des nuages. Car une paroi vitrée orientée au sud capte le bas soleil hivernal alors que, plus tard dans l’année, le soleil, alors plus haut, n’entre pas dans les pièces. La maison est tout simplement bien conçue. Et le climat intérieur de ce bâtiment comprenant beaucoup de bois est tout simplement idéal, estime cette famille.

L’architecte Rolf Disch qualifie ce bâtiment de « maison au bilan énergétique positif » car il produit chaque année plus d’énergie que ses habitants n’en consomment. Les panneaux solaires sur le toit alimentent le réseau avec près de 9000 kilowattheures par an. Si l’on en déduit la consommation d’électricité et de chauffage de la maison, il reste un surplus annuel de quelque 2000 kilowattheures. C’est aussi intéressant sur le plan financier : les dépenses de chauffage et d’électricité, de près de 100 euros par mois, sont largement compensées par les près de 400 euros perçus pour l’électricité provenant des panneaux solaires. Rolf Disch parle fièrement d’un « revenu énergétique mensuel » et prédit que les charges de l’habitat se transformeront en recettes annexes. Disch a déjà construit 47 de ces bâtiments au pied du Schlierberg à Fribourg, sous forme d’appartements ou de maisons individuelles.

Non loin de là se dresse l’Héliotrope, une autre innovation sortie de chez Disch. C’est une maison solaire giratoire qui tourne avec le soleil et utilise ainsi l’ensoleillement de manière maximale. Ce fut la première maison à bilan énergétique positif en Allemagne et c’est aujourd’hui encore l’une des réalisations solaires les plus visitées de Fribourg.

Fribourg ne manque pourtant pas d’attractions en matière solaire, dont une usine de modules solaires. Alors que, au milieu des années 1990, le secteur du solaire avait encore un avenir incertain en Allemagne, Georg Salvamoser n’hésita pas à lancer une production de modules à Fribourg, donnant ainsi le coup d’envoi d’un secteur riche d’avenir en Allemagne, en février 1996. Depuis, d’autres entreprises allemandes travaillant dans le solaire ont acquis bien plus d’importance, mais Fribourg-en-Brisgau peut se targuer d’avoir été un pionnier, comme c’est bien souvent le cas en matière d’innovations solaires.

L’Institut Fraunhofer de systèmes d’énergie solaire (ISE) est très souvent le moteur du progrès solaire à Fribourg. Employant plus de 500 personnes et occupant 18000 m2 avec ses bureaux, ses laboratoires et ses terrains d’essai, l’ISE est aujourd’hui le plus grand institut de recherches solaires en Europe. L’Institut Fraunhofer s’est développé parce que ses collaborateurs ont toujours cru à la percée du solaire, même dans les moments les plus difficiles. Le nouveau bâtiment de l’institut, bâti à l’automne 2001, s’avère déjà trop exigu, les chercheurs et les techniciens ont déménagé dans des bâtiments annexes ou au Solar Info Center (SIC).

Le SIC est un autre site phare de Fribourg. Son bâtiment, situé près du parc des expositions, est considéré comme un centre de compétence du solaire unique en son genre en Allemagne. Différentes entreprises travaillent sous un même toit sur près de 14000 m2 sur le thème des énergies renouvelables, de la construction solaire et de l’efficacité énergétique. L’éventail va des grandes entreprises internationales aux micro-entreprises gérées par leur propriétaire dans un local de 20 m2.

L’une d’elles est la société Concentrix, qui est issue de l’ISE en 2005. Depuis février 2006, Good Energies, l’un des grands investisseurs stratégiques en matière d’énergies renouvelables, est partie prenante de cette jeune société qui fabrique des centrales à concentrateur pour les sites très ensoleillés. Grâce à un système optique composé de lentilles très plates dites de Fresnel, la lumière du soleil est concentrée près de 500 fois sur des petites piles solaires ultraperformantes. Les piles transforment directement cette lumière en électricité. Avec cette technique, appelée Flatcon®, Concentrix fut l’une des premières entreprises à adapter aux conditions terrestres des piles solaires qui n’étaient utilisées jusque-là que dans l’espace.

Ces piles solaires atteignent aujourd’hui un taux de rendement remarquable de 35 %. « En utilisant des piles solaires ultraperformantes, en concentrant la lumière et en positionnant les piles solaires avec une extrême précision, Concentrix parvient à un taux de rendement appréciable de plus de 26 % », explique Hansjörg Lerchenmüller, le directeur de la société. Concentrix est parvenu à presque doubler le rendement des modules par rapport à la technologie au silicium traditionnelle. En Allemagne, Concentrix est considérée comme un creuset de l’innovation et comme une belle réussite dans le secteur solaire. Début 2008, l’entreprise a été distinguée par le Prix de l’innovation de l’industrie allemande. C’est aussi à Fribourg que les nouveaux modules seront produits à partir de la mi-2008. Un succès pour la ville car d’autres régions avaient cherché à attirer ces spécialistes du solaire très innovants.

La liste des projets solaires à Fribourg est loin d’être terminée. Aucune autre ville en Allemagne ne se penche aussi intensément sur la climatisation solaire. Fribourg propose dans ce domaine deux projets pilotes, l’un dans le bâtiment de la Chambre du commerce et de l’industrie et l’autre au Centre hospitalier universitaire. Dans l’initiative Solarbundesliga, la ligue 1 du solaire qui comptabilise quelles villes utilisent l’énergie solaire et dans quelle mesure, Fribourg joue depuis des années en tête du classement avec ses quelque 200000 habitants.

Dans la dure réalité du football professionnel, le club SC Freiburg ne joue qu’en ligue 2. Mais il sait marquer des points en matière solaire : 2200 m2 de cellules photovoltaïques sont installées sur le toit du Dreisam-Stadion et produisent chaque année quelque deux millions de kilowattheures d’électricité solaire. Avec des moteurs écologiques Stirling intégrés au système de chauffage, le SC Freiburg produit plus de la moitié de sa consommation totale d’électricité, et cela sans émission.

Pourquoi l’énergie solaire s’est-elle aussi bien développée à Fribourg, pourquoi existe-t-il autant de projets novateurs ici ? Peut-être parce que la ville se situe dans l’une des régions les plus ensoleillées d’Allemagne. Peut-être aussi parce que, à Fribourg, l’énergie solaire a toujours été associée à une certaine qualité de la vie. Le plus probable est un événement remontant à plusieurs décennies : une centrale nucléaire devait être construite à Wyhl am Kaiserstuhl, aux portes de Fribourg, dans les années 1970. Mais les habitants de la région se mobilisèrent. Des milliers d’entre eux occupèrent le terrain prévu pour la centrale en février 1975 et parvinrent à empêcher sa construction en s’y opposant pendant des années.

Les habitants ne s’en tinrent pas à l’opposition, ils développèrent aussi des alternatives plus écologiques. Un an après l’occupation du terrain de la centrale, la première exposition d’énergie solaire se déroulait déjà dans la proche commune viticole de Breisach. Cette exposition marqua l’éclosion du solaire à Fribourg. Plus de 10000 personnes travaillent aujourd’hui dans l’industrie solaire et environnementale à Fribourg, estime Bernd Dallmann, chargé du développement économique de la ville. L’image écologique de Fribourg étant un atout, la ville s’est récemment attribué le label de « Green City ». Ce sont là de belles perspectives pour la ville solaire au pied de la Forêt Noire.

25.03.2008
Bookmarks
| |