Quand le soleil se lève au-dessus du bâtiment administratif de l’organisation environnementale des Nations Unies à Nairobi, capitale du Kenya, il ne se contente pas d’apporter une lumière naturelle dans les bureaux des quelque 1200 employés. Mais il produit, grâce à une in-stallation photovoltaïque de 500 kW sur son toit, suffisamment de courant pour que le bâtiment soit énergétiquement neutre. Dotée de 4000 modules, cette installation est le fruit d’une coopération entre l’« Exportinitiative Erneuerbare Energie » (initiative à l’exportation énergie renouvelable) du ministère fédéral de l’Économie et de la Technologie, la GIZ (Société allemande de coopération internationale), l’intégrateur solaire Energiebau qui a construit l’installation et formé des spécialistes du solaire au Kenya, le fournisseur de modules Schott Solar et le fabricant d’onduleurs SMA.
Ces trois entreprises ne sont pas les seules à s’engager en Afrique. Nombre de sociétés allemandes de renom spécialisées dans le solaire opèrent depuis longtemps en Afrique subsaharienne. 35 d’entre elles forment leur propre groupe au sein de l’Association fédérale de l’économie du solaire qui les met en contact avec ses partenaires, dans les pays de cette région. L’approvisionnement des quelque 585 millions (selon l’OCDE) de personnes sans électricité en Afrique subsaharienne devra se faire loin du réseau. Car installer un réseau électrique dans tout le pays est actuellement trop coûteux. Pour permettre aux plus pauvres habitants des régions rurales d’avoir au moins accès à la lumière électrique, on s’est engagé ces derniers temps sur de nouvelles voies. Les systèmes photovoltaïques pour maison individuelle (Solar Home Systems, SHS) envisagés au départ n’ont pas fait leurs preuves : avec leurs batteries exigeant une maintenance, ils s’adressent surtout aux nantis et se détériorent souvent. « 85 % des SHS en Afrique ne sont plus exploités », estime Volker Wachenfels, le responsable hors réseau de la SMA.
Pour l’électrification des régions rurales d’Afrique, les « picosystèmes » – qui ne produisent que peu de watts et sont donc relativement bon marché – paraissent être la meilleure alternative. C’est notamment sur eux que mise, par exemple, la GIZ dans le cadre du projet « Energizing Development » qu’elle met en œuvre avec son partenaire, les Pays-Bas. Le but poursuivi est de fournir de l’énergie propre, soit par exemple du courant photovoltaïque, à dix millions de personnes en quelques années seulement. La GIZ s’était proposé d’approvisionner à elle seule 3,1 millions de personnes. Ayant prématurément réussi cette performance, elle a rajouté trois millions à ce chiffre. Selon Carsten Hellpap, responsable de ce programme à la GIZ : « Si nous y sommes parvenus, c’est parce que nous avons exigé de tout candidat postulant pour un sous-projet qu’il fournisse la preuve de l’alimentation en courant pour un montant maximum de 20 euros par personne. » Cela ne marche qu’avec des picosystèmes, et ce bien qu’ils aient eu, les premières années, la réputation d’être peu fiables et trop chers par rapport à leur performance. Depuis, les innovations et les mécanismes d’agrément comme ceux prévus par le projet « Lighting Africa » de la Banque mondiale ont amélioré leur réputation. Les picosystèmes incitent à la création de nouvelles sociétés. Prenons l’exemple de l’entreprise commune germano-thaïlandaise Fosera. Elle mise sur des piles au lithium, insensibles et longue durée, servant d’accumulateurs : un petit panneau solaire fournit du courant à plusieurs objets à faible consommation tels que des lampes, des téléphones portables ou des radios. Cette solution ne peut toutefois pas encore être certifiée, les tests n’étant ciblés que sur des accumulateurs au plomb. Ce qui montre bien les limites du procédé actuel. Les systèmes Fosera ne se vendent pas moins avec succès dans plusieurs pays africains dont le Mozambique. Quant à Phaesun, distributeur spécialisé dans le commerce avec le Sud, il propose, lui aussi, une nouvelle solution pico : l’Ulitium de Sundaya qu’il commercialise en Afrique par le biais de ses partenaires.
Alimenter intégralement des villages en courant est aussi un début prometteur. Sa réalisation dépend, la plupart du temps, de subventions étatiques ou de tiers. Asantys, un intégrateur et distributeur solaire sis à Heidelberg, qui réalise environ 90 % de son chiffre d’affaires en Afrique, vient de fournir à deux villages maliens des centrales hybrides solaires-diesel et de former des spécialistes sur place, le tout grâce notamment à des fonds de la fondation néerlandaise FRES (Foundation Rural Energy Systems). D’autres projets concernent plutôt des devises. C’est ainsi que Solarworld und Partner fournissent des centrales photovoltaïques à des lodges tout confort situées dans les parcs animaliers du Botswana.
Dans la métropole kenyane de Nairobi, le partenaire local d’Asantys, African Solar Design, a placé récemment une installation de 65 kWp sur la toiture d’un SOS Village d’enfants. Au Kenya, c’est la première installation qui alimente le réseau électrique du pays, notoirement insuffisamment alimenté. La directrice du SOS Village d’enfants, Ruth Okowa, pense qu’une vague de projets de ce type pourrait suivre. Quant au soleil, il remplace à merveille le diesel ou le pétrole, et le Kenya en regorge, sans aucun doute.///














