mardi, 22.05.2012 05:32
 
 

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Concours « Jugend forscht » : l’Allemagne en quête des meilleurs jeunes talents

Lorsque les jeunes chercheurs et chercheuses les plus talentueux d’Allemagne participent au concours « Jugend forscht...continuer

© Stiftung Jugend forscht e. V.

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Interview

« La source d’un nouvel espoir »

Dieter Graumann, le nouveau président du Conseil central des Juifs en Allemagne, œuvre à une nouvelle confiance en soi juive.

M. Graumann, comment caractériseriez-vous les communautés juives en Allemagne aujourd’hui ?

Considérées dans l’ensemble et dans toute l’Allemagne, nos communautés se composent à 90 % de personnes venues d’Europe de l’Est ces vingt dernières années. Tout le monde parle d’intégration, nous la pratiquons. Je ne connais personne qui y parvienne aussi bien – malgré toutes les imperfections. En Allemagne de l’Est, certaines communautés se composent à 100 % de migrants. Ces gens qui sont venus à nous doivent relever deux challenges : s’intégrer à la société allemande qui est très différente de la société russe ou ukrainienne, et trouver leurs repères dans le microcosme de la communauté juive. C’est pourquoi nos communautés connaissent actuellement un grand bouleversement, nous édifions une communauté juive totalement nouvelle.

Quel est l’enjeu le plus important ?

Rester ensemble. Avec leur nombre plus élevé, les membres de notre communauté sont aussi plus hétérogènes, ce qui augmente le risque de nous éloigner les uns des autres sur le plan politique. Les forces centrifuges qui nous dispersent – certains cherchent à nous séparer – ne cessent d’augmenter. C’est là un immense défi : nous voulons continuer à parler d’une ­seule voix sur le plan politique, à titre de communauté juive plurielle mais unie.

Après votre élection, on a souvent souligné que vous êtes le premier président du Conseil central qui n’a pas vécu l’Holo­causte, qu’un changement de génération s’accomplit avec vous…

C’est bien vrai, la direction du Conseil central est pour la première fois confiée à quelqu’un qui n’a pas vécu lui-même la shoah. Mais, plus de 65 ans après, c’est inévitable pour des seules raisons numériques. Ce n’est donc pas vraiment une sensation. Ce n’est pas non plus totalement vrai. Faisant partie de la deuxième génération, je suis très marqué par la shoah. Nous avons grandi avec les cauchemars, les blessures et les traumatismes de nos parents – on ne peut pas dire que quelque chose ait pris fin avec nous. Au contraire. Les récits et les traumatismes nous ont été directement transmis.

Votre véritable prénom est David. Quand vous étiez à l’école, vous l’avez transformé en Dieter pour qu’on ne remarque pas tout de suite que vous étiez juif. Est-ce encore imaginable aujourd’hui ?

Je ne pense pas. D’une part, les noms bibliques – Sarah, Aaron, Miriam et d’autres beaux prénoms – sont à la mode, notamment chez les non juifs. Et, d’autre part, il ne serait plus nécessaire aujourd’hui de se cacher. A l’époque, j’étais le seul enfant juif de toute l’école primaire. Il faut considérer ce fait dans son époque.

Vous avez décidé un jour de revendiquer votre judaïsme. Qu’est-ce qui a été déterminant pour vous ?

Dans mon engagement politique, j’ai été beaucoup influencé par Ignatz Bubis. Il a été le premier à nous montrer, à nous les Juifs, que nous devons défendre ce qui nous paraît important – si nécessaire de manière offensive et agressive dans des débats controverses – et que nous ne sommes pas isolés quand nous le faisons. Ignatz Bubis a conquis et établi la légitimité d’un engagement juif offensif en Allemagne. Je l’ai vécu de très près et cela m’en a beaucoup imposé. On n’obtient pas le respect quand on sourit toujours gentiment. Il faut aussi savoir mordre.

Et vous savez le faire ?

S’il le faut. Mais sourire est bien plus beau.

Que souhaitez-vous réaliser pendant votre présidence du Conseil ?

Je ne voudrais pas citer d’objectif ferme derrière lequel il me faudrait alors courir. Je veux donner une nouvelle perspective au judaïsme en Allemagne – et un avenir fort. Je souhaite un judaïsme conscient de soi et de ses atouts, dynamique, qui ne se limite pas au quotidien de l’argumentation juive mais qui, au contraire, se mêle de manière ouverte et offensive aux nombreux débats sociétaux concernant tous les Allemands. Et inversement, je souhaite une société qui nous accepte comme juifs sans nous exclure. Nous voulons être une source d’inspiration, être porteur d’un espoir entièrement nouveau – en dépit de toutes les catastrophes.////

Interview : Janet Schayan

Dieter Graumann

Cet économiste, né en Israël en 1950, a grandi à Francfort-sur-le-Main. Fin 2010, il a été élu nouveau président du Conseil central des Juifs en Allemagne.

17.02.2011
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