mardi, 22.05.2012 05:08
 
 

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Concours « Jugend forscht » : l’Allemagne en quête des meilleurs jeunes talents

Lorsque les jeunes chercheurs et chercheuses les plus talentueux d’Allemagne participent au concours « Jugend forscht...continuer

© Stiftung Jugend forscht e. V.

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INTERVIEW

« La musique est la principale source d’inspiration »

Il se produit dans des salles combles : Daniel Hope, violoniste né en Afrique du Sud, est un soliste couronné de succès et l’une des vedettes du classique les plus demandées. Un entretien sur la modernité de Bach, les rencontres entre le rock et le baroque et la force de la musique.

Monsieur Hope, vous êtes venu dans le nord de l’Allemagne en tant que « partenaire artistique » du Festival de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Qu’est-ce que cela signifie exactement ?

Je peux apporter une signature musicale au festival auquel je suis attaché depuis de nombreuses années. Il y a un an et demi, le directeur m’a demandé si j’aurais envie non seulement de jouer mais aussi de composer un programme, d’inviter des musiciens, de développer un concept. La dernière semaine d’août, selon la devise « Tu was » (agis!), nous avons organisé en Allemagne le premier concert classique respectueux du climat, avec des artistes tels que le baryton Thomas Quasthoff et le clarinettiste David Orlowsky. Nous avons vraiment tout fait pour protéger le climat, du courant propre aux bus hybrides. Cela a été un succès. Nous avons pu récolter assez d’argent pour planter 1000 arbres en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.

Dans votre livre « Wann darf ich klat­schen ? » (Quand puis-je applaudir ?), vous présentez 13 salles de concert célèbres dans le monde entier ; trois d’entre elles sont en Allemagne. Est-ce un hasard ?

Pas vraiment. L’Allemagne est un pays où la musique est très importante et bien établie. Il y existe une vie culturelle presque exceptionnelle. L’expérience que l’Allemagne apporte en ce qui concerne la musique est fantastique. C’est pourquoi, parmi mes salles de concert préférées, beaucoup s’y trouvent, et pas seulement celles que je cite dans mon livre.

Vous jouez aussi souvent dans des endroits inhabituels. Cette année, par exemple, au Bundestag, où vous avez été le premier violon lors d’une cérémonie en souvenir des victimes du nazisme. Que signifiait pour vous cette invitation ?

C’était une expérience très émouvante d’être dans ce lieu ce jour-là et d’entendre le discours du président israélien Shimon Peres. Aussi parce que mes ar­rière-grands-parents qui étaient de fiers Berlinois ont été chassés par les nazis. Ils auraient certainement été heureux de m’y voir. Mais mes sentiments étaient mitigés. C’était un grand honneur, tout en étant une occasion très triste.

Vous vous engagez au profit de la musique de compositeurs qui ont été tués dans des camps de concentration. Quelle influence peut avoir cette musique ?

Je crois qu’elle peut contribuer à ce que nous n’oubliions pas. Il faut se tourner vers l’avenir, c’est le plus important. Mais il ne faut pas oublier ces hommes. Par leur musique, ils ont apporté une der­nière consolation à des milliers de personnes, bien qu’ils aient su qu’eux-­mêmes ne survivraient pas. C’est un message qui est toujours actuel et une inspiration pour les autres, un message que je transmets volontiers.

L’Allemagne et la musique de compositeurs allemands ont sans cesse marqué votre biographie. À quel point êtes-vous aujourd’hui lié à l’Allemagne ?

Je me sens très proche de l’Allemagne. J’ai un appartement à Hambourg et, lorsque je voyage en Allemagne, je me sens très bien. J’aime la langue et la culture. Beethoven, Brahms, Goethe, Heine – la culture allemande regorge de trésors dont nous, les artistes, pouvons nous servir.

Dans votre livre « Familienstück » (Album de famille), vous écrivez que votre maître Yehudi Menuhin a vu dans Beethoven « son Allemagne ». Quel est le compositeur dans lequel vous voyez « votre » Allemagne ?

Beethoven aussi, mais peut-être pas uniquement. Pour moi, il incarne le fait d’être allemand, la libre pensée, l’énergie, l’autonomie. Sa musique me paraît très allemande. Mais cela vaut aussi pour Brahms. Pour moi, il se trouve sur le même sommet que Beethoven.

Vous avez dit que Bach est « le compositeur le plus profond et le plus moderne ». Comment une musique de 300 ans peut-elle être moderne ?

Même aujourd’hui, les compositeurs atteindront à peine la richesse d’inspiration de Bach. On ne sait pas comment il y est parvenu mais il était de 300 à 400 ans en avance sur son temps. Ses idées, le timbre acoustique qu’il a utilisé, le brio avec lequel il utilisait les notes pour communiquer ses sentiments sont, à mon avis, tout simplement exceptionnels. C’est pourquoi c’est l’un des rares compositeurs dont on peut interpréter la musique de n’importe quelle manière. On peut la jouer comme du jazz, la mélanger avec de la musique cubaine, mais on ne peut pas l’abîmer. Bach est toujours agréable à entendre. Tout simplement parce que sa musique est magnifique, géniale.

Vous faites souvent appel à des compo­siteurs contemporains – également en Allemagne ?

Oui, j’ai passé quelques commandes en Allemagne, par exemple à Jan Müller-Wieland, un grand compositeur. Nous avons joué son concert pour violon à la Konzerthaus à Berlin. Je suis toujours à l’affût de jeunes compositeurs.

La musique contemporaine a toutefois souvent du mal à s’imposer au public…

Oui, en partie à juste titre. De nombreux compositeurs disent ne pas avoir besoin du public car ils composent pour eux. Parfois cela me pose problème. Évidemment, on ne peut pas composer uniquement pour le public mais si l’on pousse certains concepts jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de relation entre ce que notre oreille connaît et ce qu’elle ne connaît pas c’est également très difficile pour les interprètes de l’exprimer. Je trouve toutefois que la musique contemporaine, au XXIe siècle, connaît un nouveau mouvement qui ramène à la mélodie. Je m’en réjouis. Il y a certains jeunes compositeurs qui sont libres dans leurs idées mais qui intègrent quand même la mélodie dans leur musique. Je suis persuadé que c’est le genre de musique contemporaine qui va survivre.

Lorsque vous considérez le paysage musical en Allemagne, qu’est-ce qui est bien et qu’est-ce qui pourrait être mieux ?

Dans presque chaque ville il y a une sorte de centre musical, que ce soit un orchestre national, un opéra ou un conservatoire. En Europe, c’est presque exceptionnel. La musique est vraiment omniprésente. L’Allemagne doit absolument garder cela. Le problème est que, dans les écoles, les cours de musique sont souvent supprimés. De nombreux enfants et adolescents n’ont donc plus aucune chance de découvrir la musique.

Pensez-vous que la musique classique est en crise ? Il semble qu’il y a aujourd’hui plus de concerts, de festivals que jamais ou est-ce une impression trompeuse ?

Cette impression est juste. Mais nous devons veiller à ce qu’il n’y ait pas de crise. Lorsque je regarde mon programme de tournées ou celui de mes collègues, je constate qu’ils sont chargés, pour des centaines de festivals, pendant des années. Mais nous devons être vigilants car le public ne cesse de vieillir ; il faut sensibiliser davantage de jeunes à la mu­sique classique.

Dans ce sens, quelles approches vous paraissent particulièrement réussies ?

Le travail de la Konzerthaus à Berlin est excellent. Il y a une série de matinées le dimanche auxquelles les parents peuvent amener leurs enfants. Ils sont gardés gratuitement et on leur propose un programme musical qui leur est adapté. Il y a aussi le projet « Rhapsody in School » du pianiste Lars Vogt auquel plusieurs centaines de musiciens célèbres participent entre-temps. Nous allons dans des écoles, entrons en contact direct avec les enfants et les adolescents. Cela a beaucoup d’effet. Nous, les musiciens, faisons cela bénévolement, ce qui est tout à fait juste. Cependant, le projet aurait besoin d’un plus grand soutien financier officiel, qui est malheureusement trop faible.

Que pensez-vous du public allemand ? Dans quelle mesure est-il ouvert à ce qui est nouveau ?

En Allemagne, la musique classique est prise au sérieux, son importance est grande. Je trouve que c’est très bien. Le public est très ouvert, selon où l’on se trouve. À Berlin, on a l’impression que tout est possible. J’ignore si c’est vrai. En tous les cas, on a l’impression que le public est très ouvert. C’est la même chose à Cologne. Je crois que beaucoup de choses sont en train de changer. Par exemple grâce des concepts tels que « Yellow Lounges » où l’on entend de la musique classique dans des clubs. Je trouve cela positif.

Vous ne craignez pas vous-même d’aborder de la musique autre que classique ?

Je trouve que c’est tout simplement sain d’être ouvert à la musique. C’est stupide de croire que l’on est meilleur seulement parce que l’on joue du classique. Au Festival Beethoven à Bonn, je joue cette année avec le jeune groupe de rock allemand Bakkushan. Ce sera un duel entre le rock et le baroque – nous voulons voir quelle musique a le plus de dynamisme. C’est une première « bataille royale » entre les deux sortes de musique.

Qu’il s’agisse de rock ou de baroque, pouvez-vous dire en quelques mots ce qui, pour vous, fait la force de la musique ?

Ce qui est le plus important est que la musique touche directement, sans que l’on ait besoin d’avoir de grandes connaissances. Elle est indépendante de la langue ou de la religion. Pour moi, la musique est la principale source d’inspiration

Entretien mené par Janet Schayan.

19.08.2010
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