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Voyager éco

La protection du climat joue un rôle toujours plus important dans le tourisme. En Allemagne aussi, on ressent la propension aux voyages ménageant l’environnement

Par Oliver Sefrin

Dans les Alpes près de Berchtesgaden, le tourisme doux existait déjà il y a 100 ans – sur les eaux émeraude du lac Königssee. Les touristes qui veulent découvrir le paysage impressionnant du parc naturel entourant ce lac de montagne réputé, situé dans le sud-est de la Bavière, empruntent souvent des bateaux d’excursion qui les mènent sans polluer sur ce lac où se reflètent les sommets du Jenner, la Steinernes Meer et le Watzmann. Pas de moteur bruyant, pas de gaz d’échappement qui empeste l’atmosphère. Avec leurs discrets moteurs, les 18 bateaux électriques de la flotte Königsseeschifffahrt mettent le cap sur la célèbre église baroque St. Bartholomée, emmenant ainsi chaque année quelque 500000 voyageurs sur le lac.

Avouons-le : lorsque le prince-régent Luitpold de Bavière remplaça la vieille flotte de bateaux à rames par des bateaux à moteurs électriques, il ne pensait pas à protéger le climat. Or aujourd’hui, la flotte du Königssee est une composante importante quand il y va de tourisme écologique et de mobilité non-polluante dans l’une des régions de vacances les plus appréciées d’Alle­magne. Les stations touristiques de Berchtesgaden et de Bad Reichenhall misent sur le tourisme durable et sont membres d’une initiative qui a été distinguée. Elles font partie des « Alpine Pearls », une association de 21 stations dans les Alpes allemandes, autrichiennes, suisses, françaises, italiennes et slovènes qui a obtenu en 2008 le label environnemental international « Ecotrophea » pour son engagement exemplaire en faveur du tourisme et de l’environnement ; ce label est décerné par la Fédération allemande du voyage. Contribuer à la protection de la nature par une mobilité non-polluante est au cœur de la philosophie des « perles alpines » : les vacanciers peuvent arriver à destination sans polluer, en train par exemple, et se déplacer sur place à bon marché avec des bus, des taxis collectifs, de petits trains et des vélos de location. Pour que les vacanciers restent mobiles sans voiture dans le Berchtesgadener Land, la carte de curiste y sert aussi de billet pour les trains régionaux.

L’exemple des « Alpine Pearls » montre que la protection du climat et de l‘environnement joue un rôle croissant dans le tourisme. Selon les experts, l’Allemagne pourrait donner l’exemple au niveau international. « L’Allemagne a été l’un des pionniers dans les débats sur le tourisme durable et devrait aussi assumer ce rôle en matière de tourisme et de protection du climat », déclare Edgar Kreilkamp, professeur de gestion du tourisme à l’université de Lüneburg. Dans ses recherches, il étudie les rapports entre les changements climatiques et le tourisme durable. Etant un secteur en expansion, le tourisme international contribue actuellement à quelque 5% des émissions mondiales de CO2, un gaz à effet de serre nocif pour le climat.

La prise de conscience écologique et le goût des voyages ménageant l’environnement augmentent. C’est ce que conclut la Fondation pour l’environnement du WWF dans sa dernière étude intitulée « L’empreinte climatique du tourisme en 2009 ». Lors d’une enquête réalisée pour cette étude, 43 % des personnes interrogées indiquaient qu’elles avaient déjà choisi ou choisiraient à l’avenir une destination de vacances assez proche pour contribuer à la diminution des émissions de CO2. On ne va plus à Majorque mais dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale. Quand un Allemand passe ses vacances sur la Baltique, son voyage aller et retour, son séjour, son approvisionnement et ses activités sur place laissent une empreinte climatique de 258 kilos de CO2 par personne, soit cinq fois moins que lors d’un voyage aux Baléares. Ces îles sont une destination très appréciée des Allemands. Mais le pays de vacances préféré des Allemands est bien l’Allemagne. Quelque 31 % des déplacements touristiques en 2008 les menèrent sur des lieux de vacances dans leur pays, avec une préférence pour le sud, en Bavière notamment, et pour le nord, au Mecklembourg-Poméranie occidentale.

Au Mecklembourg-Poméranie occidentale, un Land ayant 1900 kilomètres de côtes sur la Baltique, l’office du tourisme de la région a lancé l’action forestière, une initiative originale pour que les touristes puissent passer des vacances neutres quant à leurs émissions de CO2. L’idée : les touristes soutiennent la création de la première forêt climatique allemande en achetant un arbre de manière symbolique. Quiconque achète une action forestière pour 10 euros permet la plantation d’un arbre qui compense les émissions de CO2 émises par une famille de quatre personnes pendant deux semaines de vacances. S’ils le désirent, les vacanciers peuvent mettre la main à la pâte et planter eux-mêmes l’arbre ainsi acquis. A ce jour, environ 7500 actions forestières ont été vendues pour six forêts climatiques, leur superficie totale s’élevant à 7,5 hectares.

Le sens des voyages ménageant l’environnement est également sensible chez les voyagistes et les hôtels allemands. Le Feldberger Hof en Forêt noire est l’un des pionniers en la matière : c’est le premier hôtel allemand au bilan neutre sur le plan climatique. La direction de l’hôtel mise sur une utilisation raisonnée de l’eau et de l’énergie et a progressivement équipé tout l’hôtel d’appareils consommant peu d’énergie. Le vieux chauffage au fuel a été remplacé par une centrale de chauffage à distance. Le bilan énergétique de cette modernisation : elle économise chaque année entre 600 et 700 tonnes de CO2 et environ 300000 litres de fuel. La Deutsche Bahn, les chemins de fer allemands, a choisi une autre approche. Avec son offre « Fahrtziel Natur », elle transporte les voyageurs vers 17 parcs nationaux et réserves naturelles de la Wattenmeer sur la mer du Nord aux confins des Alpes dans le sud. Associée à de grandes associations écolo­giques allemandes comme Nabu et BUND, la Deutsche Bahn propose des excursions sur des chemins pédestres et cyclables dans les zones protégées.

Un autre bon exemple de tourisme non-polluant est la marque touristique « Viabono ». Créée en 2001 à l‘initiative du ministère fédéral de l’Environnement et de l’office fédéral de l’Environnement, elle réunit sous son égide quelque 350 hôtels, logements de vacances, lieux de conférences, campings, hébergements pour les jeunes, restaurants, communes touristiques et villages situés dans des parcs naturels allemands. En association avec d’autres organismes travaillant dans la protection des consommateurs, l’environnement et le tourisme, les membres de « Viabono » s’engagent en faveur des voyages durables. Le Forum anders reisen (voyager autrement), quant à lui, réunit quelque 140 voyagistes en majorité allemands, mais aussi étrangers, qui préconisent un tourisme ménageant l’environnement. Avec la société berlinoise atmosfair GmbH, l’association propose aux vacanciers de compenser les émissions qu’ils ont provoquées en voyageant par avion. L’argent versé pour obtenir un certificat atmosfair est investi dans des projets énergétiques dans les pays en développement. L’initiative en faveur de la durabilité « Futouris », fondée en 2009 et à laquelle sont affiliés de grands voyagistes allemands comme TUI et Thomas Cook, s’engage également dans ce domaine. Qu’il s’agisse de planter des forêts de mangroves au Sri Lanka ou de promouvoir l’énergie éolienne en Turquie, « Futouris » soutient actuellement 14 projets pour protéger la nature et l’environnement et préserver la diversité biologique dans les pays touristiques de la planète.

10.09.2009
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