Marvin a du mal à réaliser ce qu’il vient de vivre. C’est la première fois qu’il est en Allemagne et voilà ce qui lui est arrivé : « j’ai rencontré la vice-présidente du Bundestag », s’exclame ce jeune homme de 21 ans avec enthousiasme. Il se promène en cette belle journée de fin d’été en t-shirt et lunettes de soleil dans l’Englischer Garten à Munich. Pour cet étudiant en droit venu de Kampala, cette rencontre politique est une petite sensation. Jusqu’à présent, il n’avait jamais eu l’occasion de rencontrer un homme politique d’importance. Dans son pays, en Ouganda, il est impensable qu’un simple étudiant comme lui rencontre quelqu’un occupant un poste parlementaire aussi important, dit-il.
Cela lui est arrivé en Allemagne et ce jeune homme passionné de politique est ravi. Mais Marvin n’est pas le seul à être assis cet après-midi-là en face de la vice-présidente du Parlement, Gerda Hasselfeldt, dans les locaux de la Fondation Hanns Seidel à Munich. Vingt-trois autres étudiantes et étudiants sont également présents et suivent l’exposé de cette femme politique sur le fédéralisme en Allemagne. Tous ont entre 20 et 27 ans, viennent d’Allemagne ou de pays d’Afrique de l’Est comme l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya, l’Ethiopie et le Rwanda ainsi que de l’île Maurice. Et tous sont boursiers du programme germano-africain « Go Africa … Go Germany ». Un échange récent que le président fédéral, Horst Köhler, a inspiré avec son initiative « Un partenariat avec l’Afrique ».
En coopération avec la Bundeszentrale für politische Bildung (bpb – Centrale pour l’éducation politique), un programme original et ambitieux de cours et de visites a été mis sur pied pour des étudiants particulièrement qualifiés et motivés ainsi que pour de jeunes diplômés en sciences politiques, en relations internationales, en économie et en droit originaires d’Allemagne et de l’Afrique sub-saharienne. Les boursiers passent un mois ensemble, dont cette année deux semaines en septembre en Allemagne et à Bruxelles. En février et mars 2009, ils passeront deux semaines en Tanzanie et en Ouganda. Ce qui les attend : d’intenses rencontres interculturelles et une profonde réflexion sur toute une série de sujets politiques, économiques et sociaux. Comme le soulignent quelques exemples pris dans la partie allemande du programme : des conférences sur l’histoire de l’Allemagne, sur le système politique, sur la politique intérieure et sociale. Pour mieux comprendre l’Allemagne, le groupe est aussi allé là où se prennent les décisions politiques importantes pour le pays – à Berlin et à Bruxelles. Dans la capitale allemande, les boursiers ont par exemple parlé avec des députés au Bundestag et participé à une conférence des ambassadeurs du ministère fédéral des Affaires étrangères qui portait sur l’Afrique. A Bruxelles, le cœur de l’UE, ils s’informèrent sur le rôle de l’Allemagne en Europe et apprirent à l’Otan maintes choses sur la coopération avec l’Afrique en matière de politique de sécurité.
Un programme étendu, rempli de discussions, d’exposés passionnants et de rendez-vous intéressants : Antonia, étudiante en sciences politiques à Berlin, souhaitait ardemment participer à « Go Africa … Go Germany ». C’est pourquoi elle rédigea, comme tous les autres candidats, l’essai imposé sur une question d’ordre sociétal ou politique et fut choisie par un jury – parmi plus de 200 candidats allemands et africains. Cette jeune fille de 22 ans est assise tout au fond du bus qui emmène ce jour-là les boursiers au centre de Munich. Antonia estime que les médias parlent sans arrêt de la puissance économique de l’Asie alors que l’Afrique n’est pratiquement jamais mentionnée, c’est un continent négligé. Etudiante, elle fait partie d’un groupe politique à l’Université libre de Berlin mais n’avait jusqu’à présent guère eu de contact avec l’Afrique. Aujourd’hui, elle constate que « les discussions avec les autres boursiers m’ouvrent une toute nouvelle perspective pour mieux découvrir l’Afrique. »
Se forger une image réaliste, authentique, de ces voisins lointains que sont l’Allemagne et l’Afrique, tel est l’objectif de boursiers comme Marvin l’Ougandais ou Antonia l’Allemande. Ils veulent discuter ensemble, mieux se comprendre au niveau individuel et mieux comprendre la situation politique et sociétale dans chacun des pays, acquérir une opinion fondée sur les développements en Allemagne, en Europe et en Afrique. « Nous souhaitons également dissiper les préjugés », explique la responsable du séminaire, Katja Böhler. Cette juriste a fait ses études à Berlin et au Cap et a travaillé quelque temps au Zimbabwe. Elle connaît les relations germano-africaines et en défend une approche plus différenciée. A ses yeux, le continent africain n’incarne trop souvent que les trois C – crises, conflits, catastrophes. En Allemagne, les écoles et les universités n’abordent que rarement l’Afrique, l’idée que l’on s’en fait est souvent obsolète et empreinte de préjugés. Et cela n’est guère différent du côté africain où nombre d’habitants se font une idée erronée de l’Allemagne.
Dans ce domaine, le récent dialogue lancé par « Go Africa … Go Germany » a un impact prometteur et original. Les débats dans le couvent Seeon en Bavière, où les participants passent leurs premiers jours en Allemagne, commencent souvent très tôt. Cet ancien couvent de Bénédictins construit au Xe siècle est situé dans la région idyllique du Chiemgau, sur la péninsule du lac Klostersee, et a été transformé en un centre de congrès moderne. Au petit déjeuner dans l’ancien réfectoire monacal, le Rwandais John, le Kényan Mwenda et la Tanzanienne Ophilia discutent ce matin des possibilités de mieux intégrer leurs pays. Le type d’intégration réalisée par l’Union européenne fascine d’ailleurs nombre de boursiers africains. « L’UE pourrait servir de modèle à l’Afrique de l’Est », déclare le Kényan Bernard pour qui ce programme d‘échanges est une merveilleuse expérience. Cet étudiant en économie âgé de 22 ans venu de Nairobi veut comprendre comment fonctionne la coopération européenne et se réjouit de la visite prévue à Bruxelles.
Mais il devra entendre encore un peu. Car le programme prévoit d’autres sujets pour aujourd’hui. Un juge parle de la politique de la famille, une démographe décrit les problèmes d’une société vieillissante et un sociologue fait un exposé sur l’évolution de la jeunesse en Allemagne. Sapna écoute la traduction simultanée des interventions dans son casque et prend des notes. Elle a fait ses études à l’université de l’île Maurice et s’est surtout intéressée jusqu’à présent au droit. « C’est vraiment très intéressant, pour moi, ce sont nombre de nouvelles informations. C’est bon à savoir, surtout quand nous discutons du partenariat entre l’Allemagne et l’Afrique. » Le partenariat : son concept est déjà décrit sur une grande feuille de papier accrochée dans la salle de cours. D’ici à la fin du programme en 2009, les boursiers devront réfléchir sur la manière de créer un partenariat avec l’Afrique et résumer leurs idées comme résultat tangible de ces échanges pour les présenter ensuite au président fédéral. « Je crois qu’il en sortira quelque chose de bon si l’on y travaille tous ensemble », affirme Lukas qui est Allemand.
Cela serait une bonne base pour l’avenir de « Go Africa ... Go Germany », financé par la bpb et le ministère fédéral de la Coopération économique et du Développement. Après le premier échange en 2007 avec l’Afrique australe et l’accent mis sur l’Afrique de l’Est en 2008/2009, le programme s’achèvera en 2010 avec l’Afrique de l’Ouest. Mais la coopération se poursuivra, le nouveau réseau ainsi créé devant lui donner des impulsions – éventuellement par l‘intermédiaire d’un Office germano-africain pour la jeunesse. Le voyage des boursiers en Tanzanie et en Ouganda l’année prochaine pourrait constituer une étape dans cette direction. Et Bernard, le Kényan, a déjà prévu quelque chose pour la visite des Allemands sur place : « nous leur montrerons la véritable Afrique ».














