Du jamais vu : lorsque, le 17 février 2008, les députés du Parlement kosovar proclamèrent l’indépendance du Kosovo à Pristina, toute l’humanité a pu suivre en direct à la télévision la naissance du plus jeune État du monde. Mais ni la dignité de la cérémonie ni les festivités organisées en soirée dans la capitale kosovare n’ont pu détourner l’attention sur le fait que la souveraineté étatique du Kosovo, le septième et sûrement dernier État issu du démembrement de la Yougoslavie, ne sera pas complète pour l’instant. Car, pour obtenir le soutien de leur démarche au moins de la partie ouest de la communauté internationale, les Kosovars ont dû immédiatement placer leur nouvelle indépendance sous surveillance internationale. C’est ainsi que l’a prévu la solution proposée par le médiateur de l’ONU (et ex-président finnois) Martti Ahtisaari. Selon le plan Ahtisaari, qui est en même temps le document fondateur de l’État du Kosovo, plusieurs organisations internationales veilleront à l’avenir à ce que l’évolution démocratique du Kosovo progresse et à ce que le jeune État respecte les droits des minorités – surtout des Serbes – vivant à l’intérieur de ses frontières. Le rôle principal incombe à l’Union européenne qui doit faire face, au Kosovo, à la tâche la plus gigantesque de sa politique étrangère et de sécurité commune.
Le cœur de l’engagement européen au Kosovo est la mission Eulex, mission de policiers et juristes. Le premier chef d’Eulex sera le Français Yves de Kermabon, un ancien général qui a l’expérience des Balkans : il a déjà dirigé des interventions en Bosnie-Herzégovine et été, en outre, pendant un an à partir de septembre 2004, à la tête de la KFOR, la force de sécurité au Kosovo, dont les troupes resteront basées dans l’État nouvellement indépendant. Mais sa nouvelle tâche n’est pas de nature militaire : Eulex est une mission composée uniquement de policiers et de juristes, laquelle est, de surcroît, la plus grande mission civile que l’UE ait mise sur pied au cours de l’histoire de sa politique étrangère et de sécurité commune (PESC). Des spécialistes envoyés par ses États membres conseilleront et contrôleront surtout la police, la justice ainsi que la douane du nouvel État. S’y ajouteront au moins 1829 « internationaux » détachés par les États de l’UE et des États tiers auxquels s’adjoindront quelque 1100 travailleurs locaux du Kosovo. L’Allemagne, qui a officiellement reconnu la République du Kosovo le 21 février 2008, y participera avec un contingent de quelque 180 policiers et de plus de 30 experts matière judiciaire, douanière et administrative. Officiellement, Eulex sera mise en service à la fin d’une phase de transition d’environ 120 jours après l’indépendance. La mission sera financée par le budget européen de la PESC. La contribution allemande est actuellement de près de 21%.
Une autre mission, plus restreinte quoique politiquement plus importante, est celle de l’Équipe de Planification du Bureau civil international au Kosovo (ICO) ; dirigée par le Néerlandais Pieter Feith, elle compte quelque 300 collaborateurs dont 80 issus des États de l’UE. Né à Rotterdam, M. Feith a, lui aussi, acquis une large expérience sur la scène internationale. Mis à part la Bosnie, il a travaillé pour l’UE notamment en Irak et en Indonésie. L’ICO a pour tâche de conseiller le gouvernement du Kosovo en matière de réformes susceptibles de se traduire, dans un avenir lointain et d’une manière idéale, par une adhésion de l’État à l’UE. Mais ce serait un euphémisme de ne considérer Feith que comme un « conseiller en chef » de l’UE car, en sa double fonction de directeur de l’ICO et d’envoyé spécial de l’UE, il a des pouvoirs étendus qui lui permettent d’intervenir dans les événements politiques au Kosovo. À l’instar du Haut Représentant de la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, Feith est habilité à annuler des lois et à licencier des officiels élus si ceux-ci sont en contradiction avec l’énoncé ou l’esprit du plan Ahtisaari adopté pour l’indépendance sous surveillance. De surcroît, les politiques locaux ne peuvent occuper qu’avec son accord les postes de direction à la douane, à l’administration fiscale et à la Banque centrale du Kosovo. Mais l’ICO n’est pas une mission purement européenne bien qu’elle soit dirigée par un envoyé spécial de l’UE. Son directeur adjoint sera chaque fois un Américain et son budget n’est assumé que pour un peu plus de la moitié par l’Union européenne. Le quart est pris en charge par les États-Unis auxquels s’ajoutent d’autres États dont la Norvège et la Suisse. Le recrutement étant en cours, on ne sait pas encore quelle sera la participation des différents pays à cette mission sur le plan du personnel.
Ce qui est certain, c’est que l’Allemagne continuera à s’y engager à fond. C’est déjà le cas depuis que le Kosovo a été déclaré à titre transitoire, en juin 1999, après la fin de la guerre aérienne de l’OTAN contre la Yougoslavie de Slobodan Milosevic, protectorat des Nations Unies (ONU) sous l’administration d’une mission de l’ONU. La Bundeswehr a toujours joué un rôle important au sein de la KFOR et est actuellement de nouveau le plus gros fournisseur de troupes.
Les Allemands ont également toujours occupé des postes clés à la MINUK, la mission des Nations Unies au Kosovo. Depuis septembre 2006, la MINUK est dirigée par le diplomate allemand et ex-maire de Sindelfingen, Joachim Rücker. Son travail lui a valu le respect et la confiance de la population. En fait, il était censé être le dernier chef de la MINUK car, selon le plan Ahtisaari, toutes les tâches de cette mission de l’ONU seront assumées par des interventions sous commandement européen. Mais momentanément, le retrait total des troupes de la MINUK n’est pas encore chose sûre. Il se pourrait donc que Joachim Rücker continue à diriger une MINUK très réduite coexistant avec l’ICO et Eulex.














