Oscar Wilde aurait dit un jour, affirme Riccardo Ehrman, que la vie est un mauvais quart d’heure avec quelques bons moments. « Cette conférence de presse, se souvient Ehrman, a été l’un des meilleurs moments de ma vie. » Bien qu’il n’ait posé qu’une seule question à Günter Schabowski. Nous sommes le 9 novembre 1989. Schabowski, haut fonctionnaire du SED et porte-parole du gouvernement est-allemand, tient une conférence de presse internationale. Riccardo Ehrman, correspondant à Berlin-Est de l’agence de presse italienne ANSA, est assis presque en face de lui. A 18 h 53 très exactement, Ehrman parvient enfin à poser sa question. Elle concerne un projet de loi permettant aux citoyens est-allemands de voyager à l’étranger 30 jours par an – mais avec d’énormes obstacles bureaucratiques. « M. Schabowski, vous ne pensez pas que ce projet de loi sur les voyages a été une grave erreur ? » Schabowski ignore d’abord cette provocation puis finit par dire : « ...nous avons décidé aujourd’hui d’adopter une réglementation qui permet à chaque citoyen de la RDA de se rendre à l’étranger par les postes frontières est-allemands. » Cette réglementation entre en vigueur « immédiatement et sans délai ». Plus tard, on apprendra que cette nouvelle réglementation n’était qu’en projet. Mais la réponse donnée à Riccardo Ehrman créa un état de fait.
Riccardo Ehrman, né en 1929, vit aujourd’hui à Madrid. Ce journaliste italien a longtemps été correspondant à l’étranger pour l’agence de presse italienne ANSA. Ehrman travailla en RDA de 1976 à 1982 puis de 1985 jusqu’à sa fin.














