samedi, 19.05.2012 16:17
 
 

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Concours « Jugend forscht » : l’Allemagne en quête des meilleurs jeunes talents

Lorsque les jeunes chercheurs et chercheuses les plus talentueux d’Allemagne participent au concours « Jugend forscht...continuer

© Stiftung Jugend forscht e. V.

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INTERVIEW

« La ville est le laboratoire des styles de vie »

Les rôles bien définis, c’est du passé. Un entretien sur la diversité des styles de vie, les mutations sociales actuelles et les nouveaux modes de vie de la « génération Mick Jagger ».

Interview: Janet Schayan

M. Götz, sur quoi se penche la recherche sur les styles de vie ?

La recherche sur les styles de vie analyse comment la société est structurée et segmentée. Depuis les années 1970, on parle de la pluralité des styles et des modes de vie. On entend par mode de vie la manière dont les gens vivent – seuls, en couples mariés ou non, en familles monoparentales, etc. Mais les gens ne se distinguent pas seulement par leurs modes de vie et les couches sociales auxquelles ils appartiennent, ils se distinguent aussi par leurs styles de vie. Ces styles de vie, librement choisis, dépendent largement de leurs idées et de leurs principes.

Quels styles de vie distinguez-vous en Allemagne ?

Dans de nombreuses études très variées, on trouve toujours un groupe au style de vie traditionnel qui mise sur la sécurité, les habitudes et les vertus traditionnelles. Ce groupe se retrouve dans les classes supérieures mais aussi dans les classes moyennes, c’est-à-dire petites-bourgeoises. On trouve aussi toujours un groupe jeune, en quête de plaisir, au style de vie matérialiste et soucieux de faire carrière. Puis on distingue une partie du « précariat » ayant une mentalité de perdant. Et, enfin, on trouve un centre bourgeois qui ne tend pas vers les extrêmes. Un autre groupe se compose de gens engagés sur le plan social et écologique, ce sont souvent des intellectuels. On trouve aussi dans les grandes villes des styles de vie créatifs – artistes, designers, publicitaires et les jeunes « lohas » qui veulent vivre de manière saine et durable. Et, avec les migrants, on assiste à des combinaisons intéressantes avec les styles de vie allemands.

En quoi les styles de vie ont-ils changé en Allemagne ces dernières années ?

Le post-matérialisme et l’individualisation s’affirment dans la société depuis les années 1970. Les gens sont sortis des rôles traditionnels et bien définis qui existaient naguère, dans le milieu ouvrier par exemple ou sous forme de rôle des sexes dans la famille. Or la recherche sur les styles de vie a constaté que l’individualisation n’est pas synonyme d’atomisation: les individus se regroupent avec des personnes partageant leur sensibilité et ayant des styles de vie similaires. La diversité en est accrue. Dans une société de classes, on n’a guère de marge de manœuvre, notamment dans les classes inférieures. On assiste actuellement à un grand revirement social spécifique à une génération: il existe désormais une génération socialisée par l’Internet qui connaîtra probablement une situation matérielle moins aisée que celle de ses parents. Cette génération ne s’intéresse plus à la voiture comme objet de prestige ; pour elle, le covoiturage pourrait devenir tout naturel. Il se dessine ici quelque chose qui pourrait réorganiser nos ­modèles.

Quel rôle joue encore la famille dans une société individualisée comme la société allemande ?

Les modèles de la famille se diversifient eux aussi. Les familles traditionnelles existent toujours mais se font plus rares. Cela est dû à l’affaiblissement des liens au sein des institutions traditionnelles. Le libre arbitre étant toujours plus important, on ne reste plus ensemble coûte que coûte. C’est ainsi qu’apparaissent les familles recomposées.

Les styles de vie entre la ville et la campagne sont-ils très différents ?

Les grandes villes sont le laboratoire des styles de vie. C’est là qu’ils apparaissent et ils y sont plus marqués qu’à la campagne. Ils s’y entrechoquent aussi plus violemment. Cela exige une plus grande tolérance car un groupe totalement différent habite éventuellement dans l’immeuble voisin. Cette diversité des styles de vie, avec leurs ruptures parfois abruptes, attire particulièrement les créatifs. C’est un atout bien réel pour une ville.

L’évolution démographique influe-t-elle déjà sur les styles de vie ?

Beaucoup même: la « génération Mick Jagger » apparaît à tous les niveaux. Les membres de cette génération ont secoué les traditions, ils ont renouvelé la société dans les années 1970. Ils vieillissent maintenant ; ils élaborent donc de nouveaux modèles, hors des conventions, pour le troisième âge : maisons intergénérationnelles, communautés de personnes âgées, autres types de cimetières. Ils veulent vivre en centre-ville, recherchent une vie active et le contact avec les jeunes. Bien des choses vont changer dans ce domaine.

Discernez-vous d’autres tendances ?

Les risques d’effondrement sont au­jourd’hui très différents d’avant le début du XXIe siècle. Les styles de vie sont plus fortement confrontés à des situations de crise qui remettent en question tout un niveau de vie. Cela oblige les gens à revoir leur style de vie.

Interview: Janet Schayan

Konrad Götz

Directeur du département de recherches Mobilité et analyse des styles de vie à l’Institut de recherches socio-écologiques ISOE à Francfort-sur-le-Main

22.11.2010
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