samedi, 19.05.2012 15:56
 
 

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Lorsque les jeunes chercheurs et chercheuses les plus talentueux d’Allemagne participent au concours « Jugend forscht...continuer

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Portrait de l’Institut franco-allemand

Les bâtisseurs de ponts

Est l’adresse de référence pour l’étude des relations franco-allemandes. Depuis 60 ans, ses collaborateurs se consacrent à leur voisin et aux relations entre les deux pays Europe

Par Bernd Dörries

Frank Baasner

Frank Baasner

À l’époque de la reconstruction qui suivit la Deuxième Guerre mondiale, alors que la République fédérale d’Allemagne n’avait pas encore vu le jour, quelques Allemands et quelques Français songeaient déjà à réconcilier leurs deux pays. Quatre précurseurs se sentirent appelés à bâtir un pont enjambant le Rhin. Le premier président fédéral, Theodor Heuss, et le politicien SPD, Carlo Schmid l’un des pères de la Loi fondamentale rencontrèrent deux Français qui partageaient leurs idées. Le 1er juillet 1948, ils fondèrent l’Institut franco-allemand (dfi) avec les journalistes et scientifiques Joseph Rovan et Alfred Grosser, tous deux nés en Allemagne et ayant été dans la Résistance peu d’années auparavant. La villa art nouveau de Ludwigsburg, au sud-ouest de l’Allemagne, était censée fournir des impulsions au rapprochement franco-allemand. Une tâche ardue – à peine trois ans après la guerre. Au début, le dfi organisa des cours de langue et des échanges entre élèves, familles et stagiaires et contribua à mettre en place le premier jumelage entre Ludwigsburg et Montbéliard.

En 1962, le président de Gaulle se rendit à Ludwigsburg – et surtout dans la villa du dfi où l’on avait suspendu les lustres plus haut pour éviter qu’il ne se cogne la tête. Tout se déroula au mieux et de Gaulle prononça un discours remarquable. « Vous êtes les fils et les filles d’un grand peuple », dit-il aux jeunes en allemand. C’était là un grand geste de réconciliation. Lors de la cérémonie qui marqua le 60e anniversaire du dfi, en mai, un illustre témoin de l’époque se remémore cette rencontre. « Nous avons tous couru, enthousiastes, à côté de la voiture le long de la Königsallee », a rappelé le président fédéral, Horst Köhler, qui passa son enfance à Ludwigsburg.

Après la signature du Traité de l’Élysée, qui scella en1963 l’amitié franco-allemande, et la fondation de l’Office franco-allemand pour la jeunesse, le dfi se tourna vers des thèmes scientifiques. Dans les années 70, l’Institut élargit la gamme de ses travaux en lançant des projets de communication bilatérale, concernant cet ami étranger et ses vues politiques, économiques et sociales. Depuis, il organise des colloques et sort des publications. Si l’on demande au directeur du dfi, le professeur Frank Baasner, à quoi sert encore l’Institut aujourd’hui, il répond qu’il vaudrait mieux retourner la question en se demandant ce qui manquerait si le dfi n’existait plus. D’après lui, quelque 3000 personnes par an n’auraient plus de numéro de téléphone auquel demander des conseils et des informations sur la France et les relations franco-allemandes. Ceci vaut tant pour l’étudiant que pour le chef d’entreprise.

Selon M. Baasner, le dfi est un lieu de savoir collectif. Ce n’est pas parce que les pères se sont réconciliés que les enfants doivent cesser de mettre sur pied des projets ensemble. La relation entre la France et l’Allemagne est unique au monde bien qu’elle ait perdu un peu de son charme. Les Allemands et les Français en sont au quotidien. Mais ce quotidien est parfois difficile. Surtout si l’on habite si près les uns des autres, sous un toit européen, tout en étant assez différents. Nous sommes un observatoire professionnel de la France, qui a aussi pour mission de dissiper les malentendus et de corriger les images erronées, dit M. Baasner. Quand le président Nicolas Sarkozy propose, par exemple, de créer une Union pour la Méditerranée et que d’aucuns lui reprochent de faire cavalier seul, M. Baasner rappelle d’où viennent nos deux pays et dans quelle tradition ils s’inscrivent : ici, les Allemands super-Européens, avec leur passé historique récent et à cause de lui ; là-bas, les Français avec leur tradition consistant à diviser le monde en zones d’influence. La bibliothèque du dfi fournit les informations de base sur l’un ou l’autre de ces sujets. On y trouve 38000 volumes dont un grand nombre de documents et de rapports, en partie non officiels, des ministères parisiens et des administrations. Il lui est arrivé une fois, raconte le bibliothécaire, de mettre la main sur un rapport du premier ministre de l’époque, Édouard Balladur, sur l’avenir de la Constitution européenne : un an avant sa publication en France, on pouvait y jeter un coup d’œil à Ludwigsburg. Depuis sa prise de fonctions, M. Baasner cherche à renforcer le trait d’union figurant au nom de l’Institut franco-allemand qui doit cesser d’être une voie à sens unique. À cette fin, il a ouvert un bureau à Paris et s’efforce d’obtenir des contrats de ministères et de sociétés sis en France pour les aider à mieux comprendre l’Allemagne. Actuellement, ces contrats ne représentent qu’une infime partie du budget du dfi : celui-ci, qui est d’environ 1,6 million d’euros, couvre le coût de 21 collaborateurs ; il relève à concurrence de 40 % du ministère fédéral des Affaires étrangères et à concurrence de 30 % du Land de Bade-Wurtemberg et de la ville de Ludwigsburg. Le reste est ­alloué par des fondations.

Lors de la commémoration du 60e anniversaire du dfi, Nicolas Baverez, un intellectuel français très connu, a donné une conférence. Il a notamment mis l’accent sur le fait qu’à l’heure actuelle, les Français estimaient plus de choses chez les Allemands que l’inverse : les jeunes acclament le groupe Tokio Hotel, les étudiants sont entichés de Berlin et les scientifiques tel Baverez louent les réformes allemandes. Selon lui, cela ne ferait aucun mal à la France de se secouer de temps en temps ; c’est dans cet esprit qu’il a réclamé un agenda 2020 pour l’Europe. Qui viendrait peut-être à point nommé pour cet expert en dissipation de malentendus qu’est M. Baasner : il pourrait expliquer à notre voisin que le président fédéral a, certes, contrairement à ce qui se passe en France, le droit d’exiger le grand bond en avant, mais qu’il ne peut pas mettre lui-même les réformes en pratique.

www.dfi.de

23.07.2008
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