samedi, 19.05.2012 15:53
 
 

Actualité

Concours « Jugend forscht » : l’Allemagne en quête des meilleurs jeunes talents

Lorsque les jeunes chercheurs et chercheuses les plus talentueux d’Allemagne participent au concours « Jugend forscht...continuer

© Stiftung Jugend forscht e. V.

Actuel

Afrique

Le Burundi et le Bade-Wurtemberg, toute une histoire !  

Afrique

"L'Afrique aura ce qu'on veut bien lui donner"  

Afrique

Des soldats de la paix débarquent à Bissau  

Portrait

Un talent vert

Le Kenyan Mike Otieno, avec l’aide allemande, fait de la recherche sur le traitement durable du béton armé et contribue...continuer

Manifestations

El Greco et la modernité

Le grand maître et ses admirateurs continuer

La météo de Deutschland

Lien actuel

Le nouveau portail de la culture française

Les grands classiques du cinéma français, des expositions d’artistes français ou encore des cours de langues en...continuer

Lien actuel

CIDAL

Centre d‘information et de documentation sur l‘Allemagne. Crée à l'initiative du gouvernement allemand, le CIDAL a pour...continuer

Bookmarks
| |

La « mi-temps » de l’Allemagne au Conseil de sécurité

L’Allemagne est depuis un an membre non-permanent du Conseil de sécurité à l’ONU. Une rétrospective et des perspectives dans notre entretien avec Peter Wittig, ambassadeur de l’Allemagne auprès de l’ONU.

Interview : Janet Schayan

1 M. l’Ambassadeur Wittig, l’Allemagne est depuis un an membre non-permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Quel bilan tirez-vous personnellement de cette « première mi-temps » ?

Notre élection au Conseil de sécurité exprimait une grande confiance dans les capacités et la fiabilité de l’Allemagne : nous sommes considérés ici comme un très grand pays industrialisé et comme l’une des voix les plus importantes en Europe. Mais cette élection était aussi liée à de grandes attentes, notamment parce que nous contribuons de manière substantielle et continue au travail des Nations unies. L’année 2011 nous a expressément démontré l’importance des Nations unies – et pas seulement en raison de notre siège au Conseil de sécurité : l’Afghanistan, le Soudan, la Somalie, la Libye, le conflit israélo-palestinien, et maintenant le Yémen, l’Iran et la Syrie sont tous des conflits sérieux – et très importants pour l’Allemagne – auxquels la communauté internationale doit apporter une réponse. Le lieu où négocier ces « questions de guerre et de paix », pour aussi désuet que cela puisse paraître, est ici, à New York. Les révolutions dans le monde arabe, notamment, ont montré l’importance politique éminente du Conseil de sécurité. Nous avons l’ambition d’élaborer et de trouver avec les autres pays des solutions à tous ces conflits. Nous avons pu être à la hauteur de cette ambition grâce à un ministère fédéral des Affaires étrangères qui est vraiment présent au niveau mondial – et notamment dans les régions en crise – mais aussi tout particulièrement grâce à une équipe performante d’excellents diplomates dans notre Représentation permanente à New York.

2 En 2011, les révolutions en Afrique du Nord et dans le monde arabe ont été au cœur du travail du Conseil de sécurité. Personne ne s’y attendait. Quelle a été la politique de l’Allemagne dans les nouvelles crises qui apparaissaient ?

C’est vrai, l’année dernière était incontestablement placée sous le signe des développements dans le monde arabe. Les événements ont surpris et ont soulevé des questions nouvelles importantes. Qui aurait pensé que notre regard porterait surtout sur l’Afrique du Nord et le Proche-Orient pendant la première moitié de notre mandat ? Le Conseil de sécurité se trouvait et se trouve encore confronté à des défis totalement nouveaux – et n’a malheureusement pas toujours répondu à nos attentes : dans le cas de la Syrie par exemple, le Conseil de sécurité a été dans l’impossibilité d’envoyer le message fort nécessaire aux gouvernants à Damas en raison d’un double véto. A New York, l’Allemagne a pratiqué une politique étrangère proactive, allant de l’avant. Citons un exemple : en étroite coordination avec nos partenaires français et aussi britanniques, nous avons plaidé très tôt pour que le Conseil de sécurité se penche sur la situation au Yémen. Cela ne se fit pas sans résistance. Mais nous y sommes finalement parvenus et cela a abouti à l’adoption à l‘unanimité d’une résolution ainsi qu’à l’inscription de cette question à l’agenda du Conseil. La crise n’en est pas résolue pour autant. Mais cela a conduit à ce que les parties en conflit au Yémen entament finalement un processus de transition. Et c’est un premier succès auquel nous avons contribué de manière substantielle.

3 On n’est pas toujours parvenu – par exemple avec la résolution sur la Syrie – à créer la pression politique souhaitée. Le Conseil de sécurité doit-il pour autant se laisser qualifier de « mou » ?

Nous aurions souhaité que le Conseil de sécurité lance un signal fort au régime de Damas. En raison du double véto de la Russie et de la Chine, le Conseil n’a malheureusement pas pu s’y résoudre jusqu’à présent. Il nous faut prendre note du fait que le Conseil de sécurité ne peut être fort que dans la mesure où ses membres le lui permettent. Il est donc d’autant plus important pour nous de gagner en influence dans cet organe et d’y exposer nos positions et nos intérêts. Car une chose est claire : lorsque le Conseil de sécurité agit à l’unanimité, il peut se montrer très ferme – comme dans le cas de l’Iran ou de la Côte d’Ivoire. Mais il est faux de dire qu’il n’y aurait pas de pression politique sur Assad : avec les partenaires dans la région, nous sommes parvenus à obtenir une condamnation claire de la situation des droits de l’homme en Syrie à l’Assemblée générale des Nations unies – avec l’appui sans précédent de la communauté internationale qui y était réunie. Cela aussi montre à Assad combien il est isolé à l’international.

4 La diplomatie allemande s’engage particulièrement en faveur de l’amélioration de la protection des enfants dans les conflits armés. Qu’avez-vous pu obtenir jusque-là dans ce domaine au Conseil de sécurité ?

Présidant le groupe de travail du Conseil de sécurité « Les enfants dans les conflits armés », nous pouvons faire avancer un grand axe de notre politique étrangère, à savoir la politique des droits de l’homme. La question de savoir comment améliorer concrètement la situation des enfants dans certains conflits et crises nous préoccupe beaucoup dans notre travail quotidien. Car les enfants sont bien souvent les premières victimes de la guerre et de la violence, ils sont alors sans défense. Dans ce domaine, nous travaillons étroitement avec Mme Coomaraswamy, la Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés du Secrétaire général, et les grandes organisations de défense des droits de l’homme. Nous sommes ainsi parvenus en juillet 2011 à négocier et à faire adopter une résolution améliorant la protection des enfants dans les conflits armés. Depuis, les attaques ciblées contre les écoles et les hôpitaux sont interdites par le droit international et les coupables doivent s’attendre à des poursuites pénales. C’est là un résultat dont nous attendons un effet dissuasif concret sur place – et que nous obtenons déjà dans certaines régions en conflit.

5 La protection du climat n’est pas considérée comme un domaine classique du Conseil de sécurité. Néanmoins, l’Allemagne œuvre à ce que cet organe se penche sur ce thème. Pourquoi et avec quel résultat ?

Dès aujourd’hui, l’impact du changement climatique provoque des crises des produits alimentaires et une raréfaction de l’eau potable dans les pays-îles du Pacifique et ailleurs. Certains Etats du Pacifique sud ont déjà connu des expulsions et des luttes pour la répartition des ressources à la suite du changement climatique. De notre point de vue, les conflits portant sur les ressources et les terres en raréfaction augmenteront, cela mènera à une augmentation du nombre d’expulsés et de réfugiés. Des pays entiers risquent de disparaître de la carte. Manifestement, une menace pour la paix mondiale se dessine et nous pensons que le Conseil de sécurité doit œuvrer ici à la prévention de ces crises. Il nous faut avoir une conception élargie de la politique de sécurité car nous ne pouvons répondre aux problèmes et défis mondiaux actuels avec les instruments classiques. En juillet 2011, nous sommes parvenus à adopter la déclaration présidentielle du Conseil de sécurité – que nous avions présentée – sur l’impact du changement climatique sur la politique de sécurité. Cela a beaucoup fait avancer les débats et ancré ce thème aux Nations unies. Dans sa déclaration adoptée à l’unanimité après des négociations très difficiles, le Conseil établit pour la première fois que le changement climatique représente une menace potentielle pour la paix et la sécurité internationale. Cette affirmation a une grande signification : le Secrétaire général doit désormais tenir compte de l’aspect du changement climatique dans tous ses rapports – qui sont d’une importance particulière pour les régions en crise. C’est là une étape remarquable et un succès de la diplomatie allemande.

6 Début 2011, l’Allemagne s’est vue confier au sein du Conseil de sécurité la responsabilité du dossier sur l’Afghanistan. Que signifie concrètement cette mission ?

Il faut savoir que la responsabilité des dossiers régionaux au Conseil de sécurité est fermement détenue par les cinq membres permanents du Conseil. Le dossier sur l’Afghanistan qui a nous été confié est la seule exception. Cela exprime l’estime dont jouit l’engagement allemand en et pour l’Afghanistan. Il nous incombe de coordonner toutes les activités du Conseil de sécurité concernant l’Afghanistan, qu’il s’agisse du soutien à la conférence qui s’est déroulée récemment à Bonn en décembre 2011 ou de la prolongation des mandats pour la mission des Nations unies et de la Force internationale d’assistance et de sécurité. L’Allemagne assume en outre la présidence du Comité des sanctions compétent pour Al Qaida et les Taliban. Ici, nous avons pu faire avancer les choses : nous sommes parvenus à créer deux commissions au sein du comité, l’une chargée des Taliban, l’autre d’Al Qaida. C’était un projet important et diplomatiquement extrêmement sensible, tant sur le plan de la lutte contre le terrorisme international que sur celui de la politique intérieure afghane. Grâce à cette répartition, nous pouvons maintenant accompagner efficacement les processus politiques en cours en Afghanistan.

7 L’Allemagne se conçoit comme un moteur des réformes au Nations unies. Constatez-vous des progrès dans la discussion sur une composition du Conseil de sécurité qui reflète les réalités géopolitiques d’aujourd’hui ?

Vous savez que, de notre point de vue, la composition du Conseil de sécurité reflète les réalités géopolitiques de 1945 et pas celles d’aujourd’hui. L’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie y sont aussi peu représentées que deux des trois plus gros contributeurs, à savoir le Japon et l’Allemagne. À notre avis, nous devrions adapter le Conseil à la pondération politique du monde actuel. Notre demande d’une réforme du Conseil de sécurité est donc plus que le souhait d’un siège allemand permanent. Mais il faut dire une chose clairement : la réforme du Conseil de sécurité n’est pas négociée au Conseil mais à l’Assemblée générale – où elle sera un jour décidée. C’est là que nous persévérons pour faire avancer la discussion avec nos partenaires du groupe G4. Mais c’est une œuvre de longue haleine. Avec notre participation actuelle au Conseil de sécurité, nous voulons montrer que nous pouvons dans l’ensemble obtenir une valeur ajoutée plus importante pour le Conseil – et que notre appartenance « fait une différence ». Cela devrait aussi nous servir dans la discussion sur la réforme.

12.12.2011
Bookmarks
| |