samedi, 19.05.2012 15:48
 
 

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Lorsque les jeunes chercheurs et chercheuses les plus talentueux d’Allemagne participent au concours « Jugend forscht...continuer

© Stiftung Jugend forscht e. V.

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Science

L’Allemagne, pays d’adoption

Vues personnelles sur l’Allemagne : la Professeure Remi Sonaiya commente son séjour en Allemagne lorsqu’elle était boursière de la Fondation Humboldt

Von Remi Sonaiya

Les vues personnelles d’une ancienne boursière nigériane de la Fondation Humboldt

Un grand nombre de mes amis et relations constatent avec surprise que je donne l’impression de me sentir bien en Allemagne et de n’avoir pas eu de mal à m’y habituer ; si l’on se demande pourquoi, c’est parce que beaucoup de gens continuent à trouver le pays quelque peu triste. Personnellement, j’aime évidemment voyager en Allemagne chaque fois que l’occasion s’en présente et, en ma qualité d’ambassadrice scientifique de la Fondation Alexander-von-Humboldt au Nigeria, je ne parais pas être lasse de me rendre d’un endroit à l’autre et de mentionner les perspectives fantastiques que l’on a en Allemagne en matière de recherche, ni d’encourager l’approfondissement de la coopération entre les universitaires allemands et africains. Comment se fait-il donc que je sois devenue ce que beaucoup de gens décriraient comme une « germanophile » ?

Mon premier voyage en Allemagne date de l’été 1973. J’avais commencé à étudier l’allemand comme seconde langue étrangère (après le français) à l’Université d’Ife (l’actuelle Université Obafemi Awolowo) et obtenu une bourse pour participer à un cours de 6 semaines au Goethe-Institut de Brilon, près de Paderborn. Je garde un excellent souvenir de mon séjour dans cette belle petite ville calme. Ce voyage a été ma première expérience d’un été et je n’en croyais pas mes yeux quand, me réveillant le lendemain de mon arrivée, j’ai constaté que la lumière du jour était d’une telle clarté si tôt matin. Persuadée que ma montre avait dû s’arrêter pendant la nuit, je sautai hors du lit, m’habillai en toute hâte et me précipitai à l’institut que j’atteignis en même temps que le personnel de nettoyage, vers 6h30 ! Une autre fois, une petite fille a chuchoté à sa mère en me voyant, mais assez fort pour que je l’entende : « Une femme venue du soleil ! » Il est certain qu’à l’époque, on ne rencontrait pas beaucoup de gens de ma couleur à Brilon. Mais l’incident le plus intéressant – et embarrassant – s’est passé dans un magasin. Je suis entrée et en voyant les vêtements sur des tringles, je me suis demandé pourquoi ils étaient tous enfermés dans des sacs en plastique. Fort heureusement, je n’en vis pas un seul qui me plaisait et sortis du magasin. Plus tard, j’appris que le mot « Reinigung » que j’avais vu sur la porte n’était pas le nom du magasin comme je l’avais cru, mais signifiait « teinturerie ». J’avais voulu acheter une robe dans une teinturerie. Pas étonnant qu’on m’ait regardée d’un drôle d’air ! Je me suis donc arrangée pour ne plus passer devant ce magasin jusqu’à ce que je quitte la ville.

Lorsque mon mari était chercheur invité à l’institut de recherche Max-Rubner à Kulmbach en 1986, je suis allée passer Noël chez lui avec nos deux enfants. À l’époque, j’étais doctorante à la Cornell University, aux États-Unis. Mon mari était venu en Allemagne en tant que boursier de la Fondation Alexander-von-Humboldt, ce qui s’avéra être le début des rapports de notre famille avec cette prestigieuse institution unique au monde. Au terme de son séjour d’un an en Allemagne et durant lequel il avait fait la navette entre Kulmbach et Berlin, mon mari m’encouragea à postuler, moi aussi, pour une bourse de la Fondation Humboldt. En 1995, j’en obtins une à mon tour et c’est ce qui me permit de faire de la recherche pendant un an à l’Université Johannes Gutenberg, à Mayence.

Les bourses de la Fondation Humboldt diffèrent des autres bourses ; et c’est la pure vérité. Je n’ai pas connaissance d’une autre bourse universitaire qui soit aussi bien étudiée ni aussi bien conçue ni aussi bien organisée que la bourse Humboldt. Ce qui la distingue des autres, ce sont les deux à quatre mois d’étude de la langue allemande, les séries de conférences organisées pour les boursiers, les excursions à travers différentes régions d’Allemagne, le programme d’aide à la famille et le système inouï de soutien après coup accordé aux boursiers rentrés au pays ; il consiste tant en don de livres et d’équipement qu’en aide financière leur permettant d’assister aux conférences tenues à l’étranger ou d’organiser des conférences (intitulées « Humboldt-Kolleg ») sur place. La bourse Humboldt est considérée par la plupart des boursiers comme un coup de piston pour leur avancement professionnel, ceci valant particulièrement pour ceux d’entre nous issus de pays du tiers-monde. Si nous avons pu avancer plus rapidement dans nos carrières respectives, c’est grâce aux occasions qui nous ont été fournies cette année-là : l’accès à d’excellents laboratoires et bibliothèques, l’encadrement par des professeurs dont beaucoup sont des sommités dans leur domaine, le fait de pouvoir participer à la vie universitaire des instituts d’accueil et assister aux conférences données en Allemagne et dans d’autres pays européens. À la fin de notre séjour, nous avions réussi à publier plusieurs articles scientifiques dans des revues réputées et certains d’entre nous avaient même des projets de livres en cours.

Pour les boursiers Humboldt qui peuvent emmener leur famille, leur séjour en Allemagne s’avère être l’expérience de leur vie. C’est du moins ainsi que ma famille l’a vécu. L’année que nous avons passée à Mayence (mon mari était en poste à Hohenheim, mais rentrait « à la maison » tous les week-ends), est une période que nous aimons à nous rappeler. Mon hôte, le Professeur Walter Bisang, avec lequel nous nous sommes par la suite liés d’amitié, nous a trouvé un ravissant appartement dans lequel nous nous sommes bien plu. Les enfants ont bien aimé l’école, dévoré des montagnes de saucisses et de glace et conservé leurs connaissances d’allemand acquises cette année-là. On dit que les Allemands ne se font pas facilement des amis et n’invitent pas tout de suite chez eux. Bien que cela puisse être vrai, nous avons eu néanmoins la chance de rencontrer quelques Allemands très sympathiques qui, non seulement nous ont invités chez eux, mais sont ­aussi venus nous voir dans notre propre pays ! Nous avons, bien entendu, fait l’une ou l’autre expérience désagréable, mais cela arrive partout. Dans tous les pays, on dénombre des gens sympathiques et d’autres qui le sont moins et il faut prendre les gens comme ils sont.

Dans l’ensemble, être une « famille Humboldt » associée par la suite à l’Allemagne, constitue un épisode de nos vies qui nous a tous comblés. Vive l’amitié germano-nigériane !////

L’auteure :

La Professeure Remi Sonaiya travaille à la Faculté des langues étrangères de l’Obafemi Awolowo University (OAU), au Nigeria. En 1995, elle a reçu une bourse de chercheuse de la Fondation Humboldt qui lui a permis de passer une année en Allemagne, à l’Université Johannes Gutenberg de Mayence.

22.11.2010
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