samedi, 19.05.2012 15:43
 
 

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Une interview de Herbert Salber, le directeur du Centre de prévention des conflits de l’OSCE

« L’Allemagne joue un rôle substantiel »

Herbert Salber

Herbert Salber

Monsieur l’ambassadeur, quelle est ­actuellement la crise la plus pressante que vous essayez d’endiguer ?

C’est la crise en Géorgie. Il y a eu plusieurs incidents dans les régions rebelles du pays, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Ces régions ne se sont pas encore déclarées indépendantes mais souhaitent un statut allant dans ce sens. Il y a eu des affrontements après la disparition de l’Union soviétique. L’engagement de l’OSCE dans ce conflit est important. Nous avons une mission sur le terrain qui, avec notre aide, fait des propositions pour réunir autour d’une table les parties prenantes du conflit.

Comment se déroule votre travail au niveau concret ? Prenez-vous votre téléphone pour parler personnellement aux chefs d’Etat ?

En général, notre approche se fait à un niveau moins élevé. Mais il peut arriver que nous conseillions à la présidence de l’OSCE d’intervenir à son niveau. Les 19 missions de terrain de l’OSCE sont notre principal instrument. Nos représentants connaissent la situation et ses acteurs. Ils essaient d’abord de parler avec toutes les parties et de faire des propositions pour résoudre un conflit. D’autre part, nous disposons ici à Vienne d’organes qui se penchent sur les problèmes. Le Conseil permanent de l’OSCE se réunit tous les jeudis. Les ambassadeurs des 56 pays participants se retrouvent alors autour d’une table et sont libres d’aborder toutes les questions en suspens. Cela fut régulièrement le cas ces dernières semaines dans le cas de la Géorgie. Il y a également eu des tentatives pour apaiser la situation et trouver une solution en dehors du Conseil permanent. Ce processus se poursuit actuellement.

Combien de collaborateurs vous aident-ils dans votre travail ?

Il y a environ 50 collaborateurs au Centre de prévention des conflits. La moitié d’entre eux s’occupent des questions régionales, c’est-à-dire des conflits dans une région allant de l’ouest des Balkans à l’Asie centrale en passant par l’Europe de l’Est et le Caucase. Nous remplissons les missions de l’OSCE sur place. Ce travail est comparable à celui d’un ministère des Affaires étrangères qui s’occupe des ambassades de son pays dans le monde entier. Nous avons une cellule de veille occupée 24 h sur 24 h et appliquons la stratégie de l’OSCE en matière de protection et de gestion des frontières. Cela est d’une grande importance en ce qui concerne l’Asie centrale. Au-delà des frontières de l’OSCE, il y a également le problème de l’Afghanistan où une grande partie des quantités de drogue consommées dans le monde est produite. Une sécurisation plus efficace des frontières avec l’Afghanistan pour endiguer la contrebande est donc d’une grande importance pour la sécurité de tous les pays membres de l’OSCE.

Quel est le taux de réussite de l’OSCE dans la prévention des crises ?

Le succès de notre travail est souvent très difficile à mesurer. Un conflit que nous avons empêché ne sera pas connu du public et personne ne prendra note de notre engagement. Une grande partie de notre travail n’est pas remarqué, c’est un fait qu’il nous faut accepter. Nous avons par exemple une mission au Kosovo, avec 800 collaborateurs. Et bien que l’on parle souvent de cette région, vous lirez rarement quelque chose sur cette mission dans la presse. L’OSCE est présente dans toutes les communes du Kosovo. Nos collaborateurs apportent aide et conseil pour empêcher les conflits entre les groupes ethniques au niveau local. Ce travail s’effectue dans la discrétion mais il est très efficace. Le fait que la situation soit restée relativement calme au Kosovo pendant une longue période a effectivement un rapport avec la présence de l’OSCE sur place.

Quel rôle joue l’Allemagne dans le succès de l’OSCE ?

L’Allemagne joue un rôle substantiel. Les ministres allemands des Affaires étrangères ont toujours souligné que l’Allemagne doit largement sa réunification à l’OSCE. Celle-ci a beaucoup contribué à surmonter la confrontation entre les blocs à la fin des années 1980. L’engagement de l’Allemagne est très important depuis que l’OSCE a adopté une approche de prévention des conflits dans l’espace allant des Balkans à l’Asie centrale après la fin de la guerre froide. Entre autres avec du personnel. Les collaborateurs de nos missions sont délégués par les différents gouvernements – l’Allemagne joue ici un rôle leader. Il y a eu aussi un grand nombre de chefs de mission allemands qui ont marqué le travail de notre organisation de leur empreinte.

Herbert Salber

dirige depuis août 2006 le Centre de prévention des conflits de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) à Vienne en Autriche. Auparavant, cet Allemand de 54 ans fut ambassadeur de l’Allemagne au Nicaragua et directeur du centre de l’OSCE au Kazakhstan.

15.07.2008
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