M. Steinecke, on a fêté un anniversaire européen en février 2009 au ministère fédéral des Affaires étrangères, à savoir les dix ans du Forum germano-ukrainien. Lors de sa création en 1999, on disait que cet organisme devait faire office de « pont nouveau » . Sur quels piliers repose ce « pont » ?
Les piliers de cette coopération amicale sont aujourd’hui encore les relations économiques et politiques qui se sont développées de manière très positive au cours de ces dix dernières années, mais ce sont aussi les partenariats entre villes ou entre universités, les échanges culturels, des centaines de convois humanitaires et des milliers de rencontres bilatérales.
Aujourd’hui, le Forum germano-ukrainien est la plus grande organisation de la société civile active au niveau fédéral qui se consacre à la promotion des relations entre les deux pays. Pourquoi la société civile y joue-t-elle un si grand rôle ?
Notre association compte aujourd’hui environ 125 membres dans les deux pays. Outre de nombreux particuliers, hommes politiques et scientifiques, des entreprises, des fondations, des associations et des communes en sont aussi membres. Le champ d’action du Forum germano-ukrainien est tout aussi diversifié. Mais une chose nous a toujours paru évidente : le développement d’une société pluraliste et démocratique n’est pas imaginable sans une société civile puissante. C’est pourquoi le Forum germano-ukrainien a initié des séminaires de journalisme et des conférences pour les associations et les organisations non-gouvernementales, et aidé au lancement du programme ukrainien de la Deutsche Welle. Il y a dix ans, l’engagement des citoyens était trop souvent inconnu en Ukraine – aujourd’hui, les habitants interviennent dans leurs quartiers ou leurs villages, fondent des initiatives, lancent des projets sociaux et protègent leur environnement.
Quels liens existent entre la société civile allemande et ukrainienne ?
Dans les relations germano-ukrainiennes, il existe actuellement environ 200 initiatives et associations partenaires ainsi que près de 30 jumelages de villes. C’est dans ce cadre que se déroulent la plupart des projets humanitaires et des rencontres entre les habitants des deux pays. Les communautés religieuses et des organisations caritatives comme la Croix rouge, Caritas et Diakonie y participent. A cela viennent s’ajouter de nombreux partenariats entre écoles et quelque 100 partenariats universitaires. La démocratie et le pluralisme ne sont plus des mots vides en Ukraine, au plus tard depuis la « révolution orange » en 2004-2005.
Le réseau des relations entre les sociétés civiles des deux pays est-il dense ?
Jetons un regard en arrière. Lorsque Roman Herzog, le président fédéral de l’époque, s’est rendu en Ukraine en février 1998, la société civile telle qu’on la connaît en Allemagne était alors pratiquement inconnue là-bas. Mais cette « jeune pousse » a grandi, a fait des boutures et donne même parfois des fruits. Les impulsions pour fonder des associations, des centres de quartier ou d’activité sociale sont souvent venues d’Allemagne. La plupart de ces contacts existent toujours. Il existe en outre une initiative de l’Office des rencontres et de l’éducation de Dortmund (IBB) qui incite à la mise en réseau des initiatives en plus des contacts bilatéraux existants. Le Forum germano-ukrainien approuve largement cette idée. Car cela favorise les échanges et permet de s’aider mutuellement. Cela vaut aussi pour les rencontres trilatérales, comme l’intégration de partenaires polonais ou d’initiatives bélarusses. Mais, dans ce domaine, nous n’en sommes souvent qu’au début des projets, c’est une tâche pour les années à venir.
Que peut offrir l’Allemagne aux partenaires et ONG ukrainiens ?
Un soutien financier est incontestablement nécessaire. Et je me réjouirais si le gouvernement fédéral allemand soutenait, dans le cadre de la coopération pour le développement, non seulement les projets entre les Etats mais aussi des projets portant sur la société civile. Je voudrais aussi souligner que nous célébrons cette année le 60e anniversaire de la Loi fondamentale et le 20e anniversaire de la chute du Mur. Ces deux anniversaires illustrent le potentiel de ce que nous pouvons offrir à nos amis ukrainiens. Prenons la Loi fondamentale et les aspects qui en découlent concernant une société pluraliste et le parlementarisme démocratique. Certains des problèmes actuels de l’Ukraine se fondent sur des dispositions floues ou contradictoires de la Constitution. En outre, l’autogestion des communes n’est pas encore suffisamment développée. Cela vaut aussi pour le statut légal des organisations non-gouvernementales et leurs subventions par l’Etat. Et, enfin, les expériences faites lors du tournant historique en Allemagne de l’Est, avec le passage du communisme à une démocratie occidentale, d’une économie planifiée à l’économie de marché libérale, peuvent aussi aider nos partenaires ukrainiens. Tout cela représente des possibilités de faire profiter les ONG ukrainiennes des expériences allemandes.
Les relations économiques germano-ukrainiennes se sont développées rapidement après la disparition du Rideau de fer. En quoi la société civile ukrainienne en profite-t-elle, notamment en matière de responsabilité sociale des entreprises allemandes ?
En Ukraine, il est assez rare que des entreprises soutiennent des projets sociaux ou citoyens. Si je suis bien informé, cela est surtout dû à l’absence de possibilité de déduction fiscale. Dans ce domaine, le monde politique allemand pourrait décrire nos expériences et chercher à promouvoir des dispositions similaires – cela aiderait la société civile ukrainienne. Les entreprises allemandes devraient renforcer leur engagement en ces temps de crise économique. Le pays, avec ses 45 millions d’habitants, est un marché d’avenir intéressant. Et une prospérité croissante améliore les conditions de base pour les ONG ukrainiennes.














